Exposition à venir

CHRISTOS KALFAS • Once upon a time

Christos Kalfas ou le petit théâtre de l’imaginaire réinventé.

“Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ?”

Peuplées d’icônes d’un autre temps, Marylines fleuries, Jocondes volantes et Alices démultipliées, les œuvres de Christos Kalfas se construisent comme des «théâtres aléatoires ». Ses dessins regroupés dans l’exposition « Once Upon a time », d’une poésie aussi touchante que fascinante, s’articulent autour de photographies en noir et blanc de visages célèbres ou anonymes empruntés au monde de l’art, de la littérature ou du cinéma. Découpées dans des livres ou des revues du début du siècle, elles viennent se glisser sur la surface de l’œuvre pour insuffler au papier une dimension anachronique, à la fois « réelle » tout en étant ancrée dans une atmosphère d’une époque nostalgique révolue. Pour Christos Kalfas, ces « têtes » représentent ainsi notre « mémoire collective » avec laquelle il joue pour créer des saynètes à partir desquels chacun va composer sa propre histoire. Utilisant exclusivement des images en Noir et blanc pour conserver une certaine neutralité, il explore des centaines d’images collectionnées à la recherche de celle qui aura la bonne expression, la bonne taille ou la bonne position pour composer son œuvre. Une fois positionnées sur le papier, ces têtes retrouvent ensuite une deuxième vie en s’incarnant alors en autant de figures colorées qui s’éveillent au cours d’étonnantes saynètes. Le décor s’installe, et la comédie humaine prend vie. C’est tout un kaléidoscope d’images et d’idées qui se chevauchent pour créer une « narration » qui vient se construire dans un espace-temps indéfini, sans fond ni perspective, pour se transformer en une forme « d’écriture » singulière.

Telle l’Alice de Lewis Caroll qui interroge son inconscient dans son sommeil en parcourant d’incroyables univers fantastiques et fantasmés, les personnages de Christos Kalfas sont alors projetés dans des mondes oniriques et allégoriques, explorant les mythes, l’Histoire, l’univers et la Vie. Les mille références qu’ils évoquent soulèvent autant de questions qu’ils font naître de sentiments et le paradoxe de la dichotomie entre leurs têtes et leurs corps vient symboliser les nombreuses contradictions de notre époque. Ici, rien n’est figé. Le ballet des figures nous emporte au gré de nos envies. Notre imagination se déploie et notre inconscient prend peu à peu le dessus sur l’artiste dans la perception des œuvres. Pour Bruno Duborgel, elles deviennent alors « une machine à dévider des récits potentiels, une machine à machinations et dont il revient au spectateur, requis aventureux donateur de sens, d’actionner la manivelle. Et les petites histoires ainsi engendrées, loin de relever de quelque planète surréelle et débranchée de la nôtre, se révèlent constituer un outillage subtil, une boussole magique d’où interroger des traits permanents de notre Humanité et Grande Histoire » (Bruno Duborgel, Nos images dans l’aquarium).

Le spectacle de la douce tragi-comédie offert par l’artiste nous emporte ainsi vers de nouveaux territoires. Entre rêves et réalité ; passé, présent et futur ; nous voilà plongés au cœur du théâtre d’un imaginaire en constante réinvention, celui de notre propre nature humaine, ambiguë, riche et complexe.