Cérémonie/ Suffocation (noire) Philippe Huart

  • Dimensions : 92 × 134 cm
  • Année : 2017
  • Médium : Graphite
  • Support : Papier
  • Signature : Signé et daté par l'artiste

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« Dans l’art de Philippe Huart, la souffrance et l’extase, des extrêmes de la coexistence humaine, sont en effet très proche. À la fois dans ses peintures et dans ses dessins, le défi du spectateur n’est pas de juste regarder à la surface, mais de s’aventurer dans un second regard troublant. Et ici, Philippe Huart n’a pas peur de transgresser des limites ou de briser les conventions. »

Renaud Faroux


ŒUVRE

Les œuvres de la série « cérémonie » nous renvoient au corps maltraité ou affligé. Le travail de Philippe Huart est ici particulièrement lié à « l’organique » des corps. Dans l’œuvre Suffocation (Noire), on ne pourrait dire si c’est la violence faite au corps qui provoque la souffrance et la négation de l’esprit ou si c’est au contraire la détresse psychologique qui se reflète sur le corps auto-mutilé et sacrifié.

Dans le diptyque Extimité/ Intimité, c’est également avec cette double dimension physique et psychique que joue l’artiste. Le concept « d’extimité », inventé par Lacan, serait le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime, consistant en un désir de communiquer sur son monde intérieur. Il dépasse cependant l’idée d’une pure « expression » du ressenti, car il entre dans un processus d’enrichissement et de renforcement de l’intimité rendu possible grâce aux échanges formés avec nos proches à la suite de ce partage. D’après Serge Tisseron, l’intimité et l’extimité sont ainsi inséparables de l’estime de soi qui se construit dans le dialogue entre désir d’intimité et désir d’extimité. Partage et pudeur, expression ou Impression, sont ici dévoilés par le travail de l’artiste dans le détail de la peau et de la chair. Les visages masqués, emprisonnés dans un sac plastique ou simplement négligés évoquent en réalité les intentions cachées, non seulement de l’être représenté mais également de celui qui lui fait face.

Car pour Philippe Huart l’intention de l’œuvre ne nait pas seulement de la main de l’artiste. Elle repose aussi en grande part dans le regard que lui porte le spectateur. Le besoin vital de l’artiste de peindre dans son œuvre ces figures cachées de manière récurrente, autant que sa pratique esthétique basée sur l’hyperréalisme, dénotent de cette volonté fondamentale d’effacer sa propre présence pour concéder au spectateur un support d’introspection. En sacrifiant ces corps nus et sans visages au regard des autres, il les expose à la critique autant qu’à la nécessaire acceptation de soi. La réalité crue de notre existence charnelle ne peut pourtant se contenter de sa dimension physique. Il ne tient qu’à nous de la doter d’une âme et pour lui offrir un salut.

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