Yoruba Trinity Kevin-Ademola Sangosanya

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  • Dimensions : 240 × 166 cm
  • Année : 2022
  • Médium : Technique mixte
  • Support : Toile
  • Signature : Signé et daté par l'artiste
  • Tirages : Oeuvre unique

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ŒUVRE

L’œuvre Yoruba Trinity, l’expérience de la matière selon IFA et la série des têtes (Oris), réalisées à l’occasion de l’exposition OBJECTS IN MOTION WILL STAY IN MOTION (An in depth conversation with the Ori), sont une extraordinaire porte d’accès à son univers unique, autant par leur esthétique que par leur symbolique. Le terme de trinité renvoi donc à la triple dimension de la « personne » : l’esprit, le corps en tant qu’expérience de la matière et la tête en tant que moteur de cette expérience physique.

Les œuvres de Sangosanya peuvent donc elles-mêmes être perçues comme des « guides » métaphysiques mais aussi « physiques » (à la fois visuels et tactiles) vers cet alignement. L’insertion des Cauris matérialisant l’« âme » en train de s’incarner dans le corps permet ainsi d’aborder la question de la trinité à un autre niveau. Cette fascinante émanation constituée de coquillages blancs, devient ainsi une représentation visuelle de la lumière, non seulement spirituelle mais également plastique. De même, l’écorce rouge qui recouvre la toile, issu de l’arbre Pterocarpus Osun (bois de rose africain) est non seulement une plante médicinale, mais également un élément essentiel des rituels Yoruba accompagnant l’obtention de son nom 7 jours après sa naissance qui à créer un pont entre le monde invisible et le monde visible. La troisième couleur brun-noire, réalisée à partir de feuilles d’arbres de la forêt sacrée qui ont été brulées, vient s’ajouter au blanc et au rouge pour compléter la trinité du champ chromatique Yoruba (Funfun, les teintes claires ; Pupa, les teintes chaudes ; et Dudu, les teintes foncées).

Mais le terme de « trinité » permet également à l’artiste de "trinité" permet à l'artiste de repenser le système de croyance Yoruba d'un point de vue historique et sociale en interpellant notre mode de pensée occidental, notamment en lien au Christianisme dont il emprunte plusieurs codes symboliques et esthétiques. La figure allongée évoque le corps christique étendu et recouvert d’un linceul. L’usage de la feuille d’or renvoie quant à lui aux enluminures et aux icônes chrétiennes qui avaient remplacés les fétiches Yoruba à l’arrivée des colons. L’important pour lui est de questionner le système de valeur associé à chaque doctrine et la tendance à considérer les grandes religions monothéistes supérieures aux croyances animistes telles que la pratique IFA qui s’étend pourtant à de très nombreuses communautés (dans toute l’Afrique de l’Ouest, mais également aux Amériques, aux États-Unis en Louisiane avec ainsi qu’à Haïti avec le vaudou, la Santeria à Cuba, le candomblé au Brésil...). En créant du dialogue entre ces différents systèmes de croyances il souhaite ainsi « casser » les formes de hiérarchisation arbitraire des cultures créée par le colonialisme, l’esclavage et la suprématie blanche en mélangeant les codes visuels issus des deux systèmes de pensées pour les remettre sur un pied d’égalité.

L’insertion des Cauris et l’utilisation de pigment issus de plantes spécifiquement africaines renforcent cette volonté de redéfinir objectivement les échelons de valeurs des éléments composant la toile tout en manifestant la singularité de l’artiste. Le bas du tableau Yoruba Trinity tout comme le contour des têtes sont de plus composés d’un damier à petits carreaux blancs-beiges et noirs qui, tel le monde de Matrix, évoque l’univers onirique de l’esprit de l’artiste, un monde intérieur dans lequel nous sommes ici projetés comme pour mieux parvenir à toucher du doigt l’essence de son âme.


ARTISTE

D’origine Française et Yoruba, Kevin-Ademola SANGOSANYA est né à Longjumeau (91) en 1996. Même si le milieu dans lequel il grandit ne le destinait pas à devenir artiste, sa mère étant une scientifique issue d’un milieu ouvrier et son père, un immigré nigérian ancien militaire, il ressent très jeune un besoin vital de dessiner à longueur de journée. Sa mère l’incite à prendre des cours de dessins après le collège, mais comme il peint surtout des monstres et des dinosaures, il est rapidement dirigé vers une carrière scientifique. A 15 ans il veut être paléontologue puis généticien spécialisé en espèces en voie d’extinction. Son amour pour le Nigeria où il voyage très souvent depuis sa tendre enfance pour rendre visite à ses grands-parents, le porte à se focaliser sur les gorilles menacés. Pensant que la meilleure manière les protéger serait de leur permettre de vivre dans un environnement où ils ne seraient pas chassés, il décide après son bac de se concentrer sur le développement durable et débute des étude d’ingénieur en agronomie. A 17 ans il découvre l’indépendance et la vie étudiante. Il quitte le nid familial pour se rapprocher de Paris et s’installe en résidence à Cergy. Il effectue de nombreux stages à l’étranger dans le cadre de ses études, dont son stage de fin de diplôme où il passera 8 mois au Nigeria à travailler à la conservation des espèce forestières, la reforestation, et l’étude de plantes médicinales, alimentaires et sacrées qui font le lien entre les trois domaines qui le passionne, la préservation de la culture, la sustentation des populations et la spiritualité.

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