FRANCESCO MARINO DI TEANA

Biographie

Francesco Marino Di Teana est un artiste à la fois peintre, sculpteur, architecte, poète et philosophe, qui a marqué la sculpture des années 1950-60 de ses théories sur la logique tri-unitaire, qui intègrent le « vide » comme un élément actif de la composition picturale et architecturale.

Il voit le jour en 1920 dans une famille de paysans du petit village de Teana, perché dans les montagnes de la province de Basilicata en Italie.
À 16 ans, la guerre éclate et l’Italie s’allie avec l’Allemagne. Pour éviter l’armée, Francesco est envoyé en Argentine pour retrouver son père qui a abandonné sa famille quelques années plus tôt, cherchant fortune. À Buenos Aires, son père le reçoit froidement et ne l’accepte qu’à condition qu’il travaille pour rapporter un salaire. Il y pratique le métier de maçon, devient chef de chantier et suit en parallèle des cours du soir en mécanique et polytechnique de l’Ecole nationale Salguero où il obtient un diplôme en architecture. Puis il passe le difficile concours d’entrée de l’école des Beaux-Arts Ernesto de la Carcova, où il est reçu, mais son père ne supportant pas l’idée qu’il va arrêter de travailler le met à la porte.

Il est alors à la rue mais suit tous les cours et travaille le soir pour vivre. Il sort de l’école avec les meilleures notes du diplôme Premio Mittre, équivalent du Prix de Rome. Il reçoit également le titre de Professeur supérieur et une chaire à l’université. Mais ne voulant pas d’une carrière tracée il décide de retourner en Europe en 1952 pour suivre sa propre voie, grâce à une bourse honorifique donnée par l’ambassade de France en Argentine.

Il passe d’abord par Saint-Jacques-de-Compostelle et décide de visiter l’Espagne, où il retrouve son ami Jorge Oteiza, qu’il faisait travailler à Buenos Aires. Puis il s’installe à Paris en 1953. Toujours désargenté, il dort dans les jardins publics, notam­ment celui des Invalides à côté du musée Rodin, et va se réchauffer rue Bonaparte à l’École des Beaux-Arts. Il vit alors de petits boulots, rénove des appartements, peint des plafonds et réalise des meubles mais, dépourvu de permis de travail, il est souvent mal payé. C’est grâce au décorateur Georges Guillot, pour lequel il fabrique des mannequins de vitrine, qu’il trouve, rue de Passy, un petit atelier sous les toits.

C’est l’époque où il suit les cours de Corbusier à Sèvres-Babylone et rencontre les artistes et les intellectuels du quartier. Mais les sculptures abstraites qu’il commence à produire n’intéressent personne aux Beaux-Arts. Ce n’est que face à l’insistance d’Huguette Séjournet, jeune peintre chez qui il a été engagé comme décorateur et qui deviendra son épouse, qu’il se rendra à la prestigieuse galerie Denise René pour lui montrer ses premières oeuvres.

Il lui présente alors d’étranges petites maquettes regroupées dans une boîte à chaussures, qui attirent instantanément l’œil de la galeriste ; elle lui organise dès lors plusieurs expositions personnelles et l’expose aux côtés d’artistes confirmés tels que Vasarely, Jesús-Rafael Soto, Julio Le Parc, Sonia Delaunay, François Morellet, Carlos Cruz-Díez et Richard Mortensen.

Marino di Teana fréquente alors de nombreux artistes tels que Yaacov Agam, Jean Arp, Jean Tinguely, Jean Dubuf­fet, César ou Luis Tomasello, mais plus que le monde de l’art, il est fasciné par celui de l’architecture.

En concevant sa théorie « tri-unitaire » du « vide actif », que le journaliste Harry Belley considère comme une des plus importantes découvertes de la sculpture du XXe siècle, il accorde désormais autant d’importance à l’espace et au vide qu’à la masse et la forme elles-mêmes. C’est ainsi qu’il développe des sculptures conçues comme des struc­tures esthétiques qui peuvent être transformées en bâtiments architecturaux, des « sculptures architecturales ».

Son grand intérêt pour l’architecture dans sa relation à la sculpture l’amène à se présenter à un grand concours international lancé en 1961 par l’entreprise Saint-Gobain intitulé « Sculpture pour une usine ». Il remporte alors, en février 1962, face à une centaine de concurrents, le premier prix décerné par un jury composé de l’écrivain Michel Butor, l’architecte Robert Camelot, le critique d’art André Chastel, le sculpteur Alberto Giacometti, l’architecte Grégoire, le peintre Poliakoff, le professeur d’esthétique Étienne Souriau, le peintre et critique d’art Michel Seuphor, et le sculpteur Zadkine. Sa sculpture Conquête de l’espace, longue de près de 3 mètres est en réalité la maquette d’une sculpture prévue en 13 mètres de longueur pour 6 de hauteur.

A la suite de ce grand événement sa notoriété explose. Son travail est loué dans la presse et il est soutenu par d’importants artistes et critiques de l’époque. Il se voit également ouvrir les portes du mécénat d’entreprise dès l’année suivante en réalisant au Grand Palais un ensemble de 8 fontaines monumentales en verre Clarit Saint-Gobain pour l’exposition « Art Contemporain », et une frise murale de 2 mètres de haut par 8 de long pour l’usine Saint-Gobain de Chantereine.

1963 est aussi l’année où il quitte le centre de Paris pour s’installer en banlieue, à Périgny-sur-Yerres, pour installer un grand atelier avec une forge où il vivra et travaillera jusqu’à la fin de sa vie.

Il y réalise ses sculptures architecturales, régulièrement nommées en hommage à de grands architectes (Imhotep, Le Corbusier, Pier Luigi Nervi…) et de nombreuses maquettes dont il se servira par la suite pour réaliser une cinquantaine d’oeuvres monumentales publiques (et plus particulièrement dans le cadre du 1% artistique) en France et en Europe (Allemagne, Italie…). Plus de 40 de ces sculptures sont installées entre les années 1960 et 1970, mais la plus impressionnante reste la Liberté de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), qui reste à ce jour la plus grande sculpture en acier d’Europe, forte de ses 21 mètres de hauteur pour 100 tonnes d’acier Corten. Autoporteuse, elle est construite de manière à pouvoir résister à des vents de 250 km/h.

Dans les années 1970 il fait également la connaissance d’André Ramel, un industriel reconnu pour son savoir-faire dans les pièces uniques (automobiles de luxe, Concorde, œuvres d’art) qui lui ouvre les portes de son usine. Marino Di Teana y découvre la pratique de l’inox et réalise plusieurs pièces de mobilier à partir de ses maquettes en plomb et en zinc : des bureaux pour l’entrée de BFCE, des tables pour des collectionneurs privés ou des pièces d’un ensemble de mobilier conçu dans les années 1950. Ces œuvres, peu connues du grand public, sont toujours marquées par ses compositions architecturales qui soulignent les recherches constantes de l’artiste pour établir de nouvelles conceptions visuelles et formelles, dans tous les domaines de la création, en sculpture, peinture, mais aussi design.

Le mitan des années 1970 est également placé sous le signe de grandes expositions. En 1974 une première a lieu à la Commanderie de Braux-Sainte-Cohière dans la Marne, puis l’artiste est mis à l’honneur entre 1975 et 1976 pour une exposition itinérante présentée à Saint Etienne, Reims, Montbéliard, puis Paris au Musée d’Art Moderne pour une grande rétrospective.

Marino di Teana voit progressivement sa renommée prendre une dimension internationale. Ses origines italiennes sont rappelées lors du jumelage des communes de Périgny et Teana et l’installation de plusieurs sculptures monumentales dans sa ville d’origine.

L’Argentine, son pays d’adoption où il a effectué sa formation artistique, le sollicite également en 1982 pour représenter le pays à la 40e Biennale de Venise, et il se voit remettre un diplôme d’honneur des Artistes Plasticiens. En 1987, l’auteur Tomas Alva Negri lui consacre aussi une importante monographie et la même année, le sculpteur se rend au Musée de la Sarre à Sarrebruck en Allemagne en 1987, où se tient une nouvelle grande rétrospective de ses œuvres.

En France il présente ses œuvres à la Galerie Patrice Carlhian et organise plusieurs expositions avec la maison de ventes Artcurial, qui est devenue un important lieu dédié à l’art contemporain. Il participe aussi à plusieurs projets télévisuels pour Air France ou Antenne 2 avant que Patrice Carlhian fasse réaliser un court métrage documentaire consacré à son œuvre de Fontenay-sous-Bois : « Le Chant du Corten ».

En 1997 il est invité à représenter la France au Symposium International des Arts et des Sciences de Séoul (Corée). Puis il expose à Prague en 1999, de nouvelles sculptures monumentales sont installées à Teana en 2008 et il est invité d’honneur de la Triennale internationale de sculpture de Poznan en 2009.

Décédé le 1er janvier 2012 au noble âge de 92 ans, Francesco Marino Di Teana laisse derrière lui un patrimoine artistique considérable, constitué de nombreuses sculptures conservées à l’atelier ou dispersées chez des col­lectionneurs, mais aussi de maquettes, plans, documents écrits, reliefs, bronzes, bijoux, médailles, dessins, tableaux, mobiliers, projets architecturaux. Désormais l’association Marino Di Teana, représentée par le fils de l’artiste, Nicolas, qui a travaillé plus de dix ans aux côtés de son père, défend les intérêts de Marino et assure la promotion et la sauvegarde de son travail. En 2019, le Catalogue Raisonné de l’artiste paru aux Éditions loft en collaboration avec Nicolas Marino regroupe sur plus de 550 pages l’ensemble des œuvres sculptées réalisées par l’artiste entre 1948 et 2012.

Expositions

EXPOSITIONS INDIVIDUELLES

1960
Galerie Denise René, Paris, France

1967
Musée des Beaux-Arts, La-Chaux-de-Fond, Suisse
Sculptures-Structures, Galerie Denise René, Paris, France

1968
Espace Pierre Cardin, exposition de bijoux pour la collection Cardin de printemps, Paris, France

1969
Maison de la Culture d’Orléans, France

1972
Centre Culturel du Val-d’Yerres, France

1974
Château de Braux-Sainte-Cohière, Champagne, France

1975
Galerie Attali, Paris, France
Maison de la Culture de Saint-Etienne, France
Musée des Beaux-Arts St Denis de Reims, Champagne, France

1976
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, France
Maison des Arts et des Loisirs, Montbéliard, France

1978
Galerie Art Actuel, Nancy, France

1980
Maison de la Culture, Dreux, France

1981
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Pau, France

1982
Biennale de Venise, Italie (représentant de l'Argentine)
Galerie Giebel, Sarrelouis, République fédérale d'Allemagne

1987
National Saarland Museum, Saarbrücken,République fédérale d'Allemagne
Paris Bagatelle

1988
Galerie Carlhian, Paris
Rétrospective « Sculptures 1960-1987 », Artcurial, Paris, France
Biennale della scultura Italiana contemporanea, Matera, Italie

1989
Galerie Artcurial, Paris, France
Oeuvres de 1952 à nos jours, Galerie Carlhian, Paris, France
Universita de Basilicata, Potenza, Italie

1990
Musée d'Art et d'Histoire, Galerie des Arts, Neuchâtel, Suisse

1991
Sculptures de 1953 à 1964, Galerie Artcurial, Paris, France
Di Teana, le peintre, Galerie Carlhian, Paris, France

1992
FIAC, Galerie Carlhian, Grand Palais, Paris, France
L’Imaginaire de Marino di Teana, Ville de Brive, France
Di Teana, le peintre et le sculpteur, Galerie Carlhian, Paris, France

1993
Galerie Dutko, Paris, France

1994
Hommage à Frédéric II Hohenstauffen. Exposition et conférence, Université de Bari, Italie

1995
Ville de Pornichet, France

2004
Collégiale Saint-Pierre-Le-Puellier, Orléans, France

2005
Grand Théatre d'Angers, France
Ville de Volklingen, Sarre, Allemagne


EXPOSITIONS ET FAITS REMARQUABLES DEPUIS LA CRÉATION DE L'ASSOCIATION MDT

2006
Triptyque. Sculptures monumentales, Angers, France

2006-2007
Réalisation des vitraux, de la rosace et de la porte en bronze de l'église de la ville médiévale de Saint-Flour, Cantal, France

2007
Art Paris, Galerie Michèle Broutta, France
Biennale de Yerres, France
Art-Elysées & FIAC, Galerie Michèle Broutta, Paris, France
Film pour les actualités de la télévision italienne RAI

2008
Entrée dans les collections du FRAC Centre, Orléans, France
Entrée dans les collections du Satoru Sato Museum, Tomé, Japon
Chateau de Vaumarcus, Neuchâtel, Suisse
Galerie Jonas, Neuchâtel, Suisse

2009
Krings-Ernst Gallery, Cologne, Allemagne
Réalisation de quatre sculptures monumentales pour la ville de Teana, Italie
Château de Fontainebleau, France
Triennale Internationale de Sculpture de Poznan, Pologne

2010
Musée des Beaux-Arts de Cambrai, France

2015
Rétrospective à la Galerie Loft, Paris, France

2017
Marino di Teana, forgeron de l’espace, Citadelle de Sisteron, France

2019
Art Paris 2019, Galerie Loft, Paris, France

2020
Musée des Offices de Florence, Italie

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Oeuvres